19. Août 2008

Candidat au test épuisé : l'ours en peluche Benoît a passé l'examen de sécurité.
Les jouets pour enfants sont-ils vraiment sûrs ? D’après la loi, les jouets sont, avec les produits alimentaires, les produits les mieux surveillés. Est-ce que c’est exact ? Nous voulions savoir comment se déroulait un tel examen de sécurité ; nous en avons observé un en direct.
Neuf heures et demie du matin à Nuremberg. L’ours Benoît ne sait pas encore ce qui l’attend aujourd’hui et sourit tranquillement. L’envie de rire va bientôt lui passer. Du haut de ses 41 centimètres, l’ours en peluche des établissements Nicotoy du Simba Dickie Group est candidat à un test visant à examiner la sécurité des jouets. Il faut qu’il y passé s’il veut être vendu sur le marché européen du jouet.
Ce qui va tout de suite arriver à Benoît est réglée par la directive UE 88/378/ CEE qui préconise qu’aucun risque pour la santé ou qu’aucun risque de blessure ne doit provenir de jouets. Les norms de la série EN 71 imposent les aspects techniques devant être contrôlés : caractéristiques physiques et mécaniques, inflammabilité, caractéristiques chimiques ainsi qu’électriques, hygiène et radioactivité. Chez les ours en peluche, ce sont cinq tests ; pour les voitures électriques télécommandées, ces tests peuvent meme atteindre les dix.
La température va monter !
Le tout commence avec le contrôle de l’inflammabilité. L’ours en peluche est serré sur un support afin que le bas de son dos se trouve à la hauteur d’un instrument rappelant un bec Bunsen. La distance exacte de 20 millimètres est mesurée à l’aide d’un gabarit de contrôle. L’appareil avance ensuite automatiquement, envoie pendant trois secondes une flamme à une profondeur de dix millimètres dans la fourrure de l’ours. À l’aide d’un chronomètre, Simone Trümper, ingénieur diplômée en technologie du textile et de l’habillement, mesure la quantité de peluche qui brûle (à la torche) en trois secondes. Le résultat obtenu est la « vitesse de propagation de la flamme ». Tout animal en peluche brûlera à un moment ou un autre. Mais il est important « que l’ours, s’il venait à prendre feu, ne s’enflamme pas brusquement, donc qu’un enfant puisse encore se sauver », nous explique la contrôleuse. Benoît passé l’essai avec succès, le bas de son dos ne rougeoie plus encore que brièvement.
Espérons que l'oiel va tenir ...
Benoît pourrait respirer, mais il va lui falloir être vraiment courageux pour l’essai de traction. Le contrôle des risques d’ingestion est d’abord très simple. Les petites pièces sont introduites dans un cylindre dont les dimensions correspondent à celles de la cavité pharyngale d’un jeune enfant. Tout jouet y disparaissant, nécessite l’indication produit « Ne convient pas aux enfants de moins de 3 ans ». Si un animal en peluche présente des petites pièces susceptibles d’être ingérées (des yeux en boutons, par exemple), ces dernières doivent donc y être fermement fixées.
Le bas-ventre de Benoît est alors coincé dans une machine de traction. Heiko Kampf, l’ingénieur de contrôle, prend un oeil, le visse dans une agrafe et accroche cette dernière en haut de l’appareil. Un système informatisé se charge d’étirer l’ours avec une charge de 90 newtons, ce qui correspond environ à neuf kilos.
« L’oeil doit tenir dix secondes », declare l’expert. Dix secondes peuvent sembler bien longues. Kampf observe le tout sans manifester d’émotions. « C’est tout de même plus amusant de tester des jouets que des matelas ou des bottes en caoutchouc », nous dit-il. L’oeil tient bon et ne présente donc aucun risque pour les enfants.
Sécurité des jouets obligatoire en EU
Ce que le jargon administratif formule de la manière suivante : les exigences en sécurité sévères ont pour but d’éviter qu’en cas d’utilisation « conforme à l’usage prévu » ou qu’en cas d’utilisation prévisible (en tenant compte du comportement habituel des enfants), la sécurité ou la santé ne soient menacées. Les fabricants doivent également tenir compte d’un éventuel emploi abusif. L’organisme LGA Qualitest GmbH (Nuremberg), une filiale du TÜV Rheinland (Cologne), se charge de tester des jouets et d’établir des certifications (volume annuel total de 40 000).
Avec plus de 100 000 essais realises annuellement, cet organisme est l’un des grands contrôleurs mondiaux de jouets et le plus important en Europe. À la demande du fabricant, le contrôle des jouets englobe l’ensemble de la filière de production et de la chaîne de fournisseurs, particulièrement en ce qui concerne la gestion durable des ressources, les conditions de travail et les standards sociaux. Le TÜV Rheinland compte environ 12 500 collaborateurs dans 360 sites se trouvant dans 62 pays du monde.
Le label ce es obligatoire
Le label CE doit être apposé sur la surface extérieure de tout jouet. Le fabricant, son mandataire ou l’importateur assurent par là que le produit est entièrement conforme aux normes européennes ou qu’un essai de type a été effectué et a donné des résultats positifs. L’indication de son nom et de son adresse est, en outre, obligatoire. Il existe en outre le sceau de qualité GS (« sécurité contrôlée ») plutôt inhabituel pour les jouets en raison de la durée de vie courte de nombreuses series de produits. Nous pourrions le comparer à un contrat à long terme. L’essai une fois passé, le TÜV conservera le produit. Les contrôleurs se chargent de vérifier les l’installation de production. Ils réalisent tous les ans des achats témoins afin de s’assurer que la qualité qui avait été certifiée, reste toujours constante. Si le jouet dans le rayonnage magasin n’est pas identique à « l’échantillon de reference », le fabricant en sera informé et devra réagir
« Depuis les actions de rappel de l’année dernière, la demande d’examens indépendants n’arrête pas de croître », selon Rainer Weiskirchen, diplômé en gestion d’entreprise et porte-parole de l’entreprise LGA Nuremberg. C’est surtout le nombre des examens chimiques qui a augmenté. Les fabricants allemands veulent être sûrs que des polluants tels que des produits antiparasitaires ne sont pas impliqués dans la chaîne de fournisseurs.
Completement dissou
Les examens chimiques (conformément à la norme NF EN 71, 3ème partie) visant à vérifier la migration de métaux lourds et la résistance à la salive, représentent le test de dureté. Arrivée de Benoît dans un grand laboratoire. Une jeune femme amicale le prend au bras. Avant qu’il ne puisse se défendre, elle lui coupe sans pitié l’oreille gauche. Bianca Holzmann, laborantine en chimie, a besoin d’un gramme de fourrure pour l’analyse chimique. L’oreille sera mélangée à un produit simulant l’acide gastrique et secouée pendant une nuit dans une étuveuse à 37 degrés. Comme si une oreille se trouvait dans l’estomac d’un enfant, après qu’il l’ait ingérée. Le lendemain, il sera procédé à une analyse instrumentale de l’échantillon. On y trouverait du formaldéhyde ou d’autres solvants, mais ce serait surtout des métaux lourds tels que le plomb ou le cadmium qui y seraient recherchés.
Examen difficile réussi
Il n’y a rien à redire sur la fourrure de Benoît. Examen réussi. Les examens hygiéniques et microbiologiques (tendance à la prolifération de germes et résistance aux bactéries et aux champignons) s’effectuent en l’absence de Benoît. S’il pouvait grogner, parler ou chanter des chansons – ce que certains de ses collègues maîtrisent sans peine aujourd’hui – s’il avait des puces électroniques ou des piles dans le ventre, il devrait encore passer un test de compatibilité électromagnétique (EMV conformément aux directives 2004/108/CE et 73/23/CEE) afin de mesurer l’immunité résidentielle et l’immunité électromagnétique, et se soumettre encore à un essai de sécurité électrique selon la norme NF EN 62115. Et si ses bras étaient vissés et non cousus, le test du couple des parties vissées ajouterait encore au tout. Il y échappera. Benoît sourit d’un air épuisé.